5e et dernier carnet en Argentine
15 février 2007
Dernière Journée en politique et quelques songes dans les cieux...
Je me réveille en sursaut alors que je crois que l’avion va commencer sa descente vers Miami où j’aurai à attendre 8 interminables heures en transit avant de prendre le vol pour Montréal. Toujours un peu endormi, je me prépare à me lever pour me diriger vers le « cock pit », pour demander à Miriam si elle veut que je prenne les commandes de l’avion pour l’atterrissage…
Je me frotte les yeux, je me mets à rire, et je me rends bien compte que je suis encore dans mon rêve qui m'avait fourni une belle suite à notre aventure , Miriam et moi, alors qu'elle m'accompagnait dans le Bas du fleuve il y a 11 ans, dans un de mes projet un peu fou et innovateur (pour l'époque) celui d'amener des immigrants de St-Henri, qui fréquentaient le centre communautaire où nous travaillions, passer un séjour dans l'une des plus belle région du Québec.
Ce projet faisait suite à tout un programme qu'on voulait se donner avec le projet de rapprochement interculturel dans la Petite Bourgogne et le projet de jumelage entre immigrants et québécois. Celui du Bas du fleuve, un projet monté sur mesure avec des partenaires de la région afin qu'à chacun des séjours une douzaine d'immigrants puissent vivre "l'autre Québec", celui du monde rural. Alors que je vois encore Miriam dans le rétroviseur assise sur une banquette arrière entre les Samir et les Fatima, me demander si je voulais lui laisser le volant à l'approche du restaurant Madrid de la sortie 202 de l'autoroute 20.
Voilà que l’hôtesse de l’air me sert mon petit déjeuner avant cette fâmeuse descente, (elle a du s’apercevoir que j’avais besoin de quelque chose pour bien me réveiller (il en va de la sécurité des 200 passagers), puis je me mets à penser à cette dernière journée en sol argentin…
Une journée marquée par un peu de politique, il est vrai que je m’en serais voulu de ne pas m’avoir frotté à la chose d’une façon ou d’une autre avant de quitter ce pays. Tout d’abord je m’en suis allé remontant l’avenue de Mayo en direction du Congresso (parlement des députés). Sur la rue je me suis arrêté au resto-librairie de l’association des mères de la place de Mayo. Au fait cette association est devenue si grande au fil des ans, que l’endroit qui regorge de journaux et de livres de gauche sur les différentes (anciennes et récentes) luttes des peuples d’Amérique latine et de l’Argentine, fait place en arrière à un autre édifice qui est au fait l’université de l’association des mères de la place mayo. On m’a raconté que l’université nationale avait approché cette association pour donner des cours (en Sc. Sociales évidemment) et que l’association avait pris son envol par la suite afin de démarrer cette université populaire…

Au milieu des années 70, lors de la dictature militaire, des milliers de personnes et beaucoup de jeunes avaient disparus, et aucun mouvement ou organisation se trouvait assez fort pour confronter le régime de l’époque. C’est alors que des mères pleurant leurs fils et leurs filles se mirent à se rencontrer et à manifester sur la place centrale de la ville : La Plaza de Mayo. Depuis plus de 30 ans chaque jeudi après-midi, des mères viennent encore demander justice pour leurs enfants disparus… On raconte aussi que c’est grâce à la nature de ce mouvement (l’importance de la mère dans cette culture, que même le régime militaire ne pouvait les empêcher de manifester…) que cette contestation a pu perdurer dans le temps…
J’ai donc mangé mon dernier T-bone argentin dans ce café de solidarité avant de poursuivre ma dernière promenade en ville pour prendre quelques photos… En tournant le coin du congresso, voilà que j’entend des cris, je m’approche pour m’apercevoir que c’était une manifestation d’aînés et de retraités demandant au gouvernement une augmentation substantielle de leur allocation mensuelle. J’ai pris part (évidemment!) à la manifestation questionnant quelques uns d’entre eux… on m’a dit que l’on souhaite faire passer à 1000 pesos par mois l’allocation ($400 canadien), alors qu’elle est de $200 actuellement. Le coût de la vie a beau être plus bas que chez nous, c’est quand même 4 ou 5 fois moins de ce que les plus pauvres de nos aînés reçoivent…. J’ai rencontré Carlos, un homme dans la cinquantaine, qui prenait des photos de la manifestation, il m’a expliqué qu’il demeure en Patagonie et qu’il est venu à Buenos Aires pour les funéraires de son père qui était un vieux militant et qui manifestait chaque semaine avec le groupe que l’on voyait (pour eux aussi ça semble être un rendez-vous hebdomadaire). Lors des funéraires de samedi dernier, les anciens camarades de son père lui a demandé de rester et de se joindre à cette manifestation. Il m’a dit larme à l’œil que son père aurait apprécié qu’il soit là avec la gang… Carlos m’a aussi dit que son père sous les différents régimes militaires, a fait plus de 5 ans de prison. Et que même Carlos dans sa jeunesse pour avoir des idées que le gouvernement n’aimait pas, a dû s’exiler au Brésil quelques années avant que ça se calme.

En poursuivant ma marche pour les heures qui me restait, j’ai pu aller explorer quelques coins que je n’avais pas encore vu du centre-ville, pendant que je réfléchissais à toutes ces gens que j’ai pu rencontrer dans ce voyage et qui espérons-le m’ont fait grandir un peu plus… et ne vous étonnez pas si je deviens végétarien après ce périple carnivore qui se termine…
je vous embrasse...
(saviez-vous que les hommes argentins s'embrassent sur la joue quand ils se rencontrent dans la rue, bien que je sois habitué puisqu'on le fait dans mon cercle d'amis... c'est assez étonnant pour l'amérique latine... un autre exemple pourquoi je trouve les argentins si différents des autres latinos...)
Richard (depuis mon transit interminable de Miami)
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire